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Ici, il n’y a pas d’hiver

Visuel de la brève « Ici, il n’y a pas d’hiver », réponse à une fable sur la gestion de la CTM

Le président des Républicains de Martinique a publié une fable la semaine dernière. La CTM y joue la Cigale, dépensière et légère. Les Fourmis, prévoyantes, lui refusent le prêt. Morale : « Qui gouverne sans mesure finit par dépendre d’autrui. »

Il faut la lire deux fois. Pas pour ses vers. Pour sa saison.

Toute la fable repose sur l’hiver. Le grenier rempli, la saison morte, la récolte qu’on met de côté. C’est la temporalité du paysan européen. Ici, il n’y a pas d’hiver.

Et il n’y a pas de grenier non plus. Pas parce que nous aurions dansé. Parce que pendant trois siècles, ce qui poussait ici partait ailleurs. Le sucre, le rhum, la banane. Une économie n’accumule pas quand elle est conçue pour exporter sa richesse. La fourmi martiniquaise a travaillé. On lui a pris sa récolte.

Ensuite, les chiffres. En 2026, plus de 95 % des dépenses de fonctionnement de la CTM sont contraintes par la loi ou par contrat. Les dépenses d’intervention représentent 58 % des recettes : RSA, allocation autonomie, handicap, protection de l’enfance. Une collectivité qui verse le RSA ne danse pas. Elle exécute des obligations décidées ailleurs, avec des compensations que l’État n’a jamais mises à niveau.

Et puis, qui prête à qui ? La CTM ne demande pas l’aumône aux Martiniquais. Elle réclame la compensation de charges qu’on lui a transférées. La fable met le contribuable dans le rôle du créancier vertueux. Elle inverse le sens du transfert.

Reste la morale. « Finit par dépendre d’autrui. » Nous dépendons d’autrui depuis 1635. La dépendance n’est pas la punition d’une mauvaise gestion. Elle est le cadre. Et celui qui l’agite comme une menace est le même qui refuse l’évolution institutionnelle, c’est-à-dire le même qui défend ce cadre.

Que les choses soient claires. La dette est réelle, un milliard, et l’épargne nette est tombée à 14,6 millions. Nous n’excusons rien. Exiger une gestion rigoureuse de l’argent public est notre droit, et nous l’exerçons sans exception.

Alors exerçons-le jusqu’au bout, et disons un mot de celui qui écrit.

Le président des Républicains de Martinique dirige, avec ses frères, un groupe familial de plus de soixante-dix entreprises. Sa branche déchets, le groupe SEEN, se présente comme le numéro un martiniquais de la gestion globale des déchets : 48 millions d’euros, 700 salariés, huit filiales. Dans ce métier, on ne travaille pas sans les collectivités : ce sont elles qui organisent et financent la collecte et le traitement des déchets ménagers.

Sa page de présentation résume sa force en une phrase. Être à l’écoute des décideurs et anticiper leurs besoins.

Voilà. La Fourmi n’a pas seulement rempli son grenier. Elle l’a rempli en écoutant la Cigale.

La vraie question n’est donc pas de savoir si la Cigale a trop chanté.

C’est de savoir qui a emporté la récolte. Et qui, aujourd’hui, se permet d’en faire une fable.

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