REFLETS DU SUD

Histoire, société et mémoires martiniquaises

À Morne Pavillon, la panne était écrite depuis 2023

Visuel de la brève sur les coupures d’eau liées au réservoir de Morne Pavillon, au Lamentin

Sur les hauteurs du Lamentin, le réservoir de Morne Pavillon a lâché deux fois en cinq jours.

Le 27 juillet, après les pluies du week-end, la SME ne livre plus assez. Le lendemain, le déficit atteint 18,7 % : 12 600 m³ reçus pour 15 500 attendus.

Le 31 juillet, l’eau manque de nouveau. Ni sécheresse ni pluie, cette fois. Des travaux et des casses sur le réseau Nord coupent l’arrivée de l’usine de Vivé. Aucun délai de retour à la normale.

Retenez ce nom : Vivé.

En juillet 2023, la Cour des comptes publiait son cahier territorial sur l’eau en Martinique. Elle y écrivait que sécuriser la ressource supposait trois leviers : diversifier vers les eaux souterraines, améliorer substantiellement le rendement des réseaux, celui de la CACEM en particulier, et recourir davantage à l’eau produite à l’usine de Vivé.

Trois ans plus tard, Morne Pavillon est à sec parce que Vivé ne livre plus. La solution recommandée est devenue le point de rupture. Non pas parce qu’elle était mauvaise, mais parce qu’on a pris la dépendance sans construire la sécurité qui doit l’accompagner.

Le deuxième levier, lui, n’a pas bougé. Le rendement du réseau de la CACEM, celle qui dessert le Lamentin, reste le plus bas de l’île : 57,5 %, contre 82 % dans l’Espace Sud. Quatre litres traités sur dix n’arrivent jamais à un robinet.

Reste l’argent. En octobre 2025, la chambre régionale des comptes jugeait le budget 2025 d’ODYSSI insincère et relevait plus de 15 millions d’euros de déficit sur l’eau potable. On ne renouvelle pas des canalisations avec un budget en déséquilibre.

Morne Pavillon n’est pas une exception, et n’est pas non plus toute la Martinique. C’est l’endroit où le système montre par où il casse. Les 2,8 jours de réserve que représentent les 180 000 m³ stockés sur l’île, la dépendance à une usine du Nord, la responsabilité qui se dissout entre opérateurs : aucun de ces trois faits ne s’arrête aux limites du quartier.

Alors quand l’habitant de Morne Pavillon demande pourquoi il n’a pas d’eau, on lui répond météo.

La météo n’a pas laissé filer quatre litres sur dix pendant vingt ans. La météo n’a pas voté les budgets. Le rapport était public, les chiffres étaient connus.

Ce qui a manqué, ce n’est pas l’eau.

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